RAPPORT TRI-SECULAIRE SUR L'ETAT DE l'UNIVERS (4)

Publié le par Critias

C) Les Megacorps.

Les Megacorps ne forment pas à proprement dit une race distincte, mais simplement un agrégat hétéroclite de toutes les espèces possibles et imaginables de l'Espace Connu mues par des intérêts communs, à savoir en premier lieu la recherche du profit.
Ce que les autres civilisations condamnaient chez les Megacorps à la veille de la Grande Révolte, ce n'était pas tant les buts à atteindre que les moyens mis en œuvre pour y parvenir: corruption, meurtre, menace, chantage, OPA sauvage sur des secteurs clefs de l'économie ou indispensable à la survie (l'agriculture notamment, qui est tout simplement vitale aux nouvelles colonies)
Pour les Megacorps, la fin justifie les moyens, tous les moyens, même les plus condamnables.
Ainsi ont elles entretenu jusqu'à la fin de la Grande Révolte de très larges contingents de mercenaires pour maintenir à un niveau élevé la productivité de leurs planètes usines.
Le coût de ce "service de sécurité interne" comme elles se plaisaient à l'appeler était certes élevé, mais le "retour sur investissement" généré pas une main d'œuvre rendue zélée et docile les laissait largement bénéficiaires.
Les Megacorps ont rapidement réalisé que pour accroître leurs profits la création de nouvelles colonies pouvait constituer une manne sans fin.
Ou plutôt non: une manne qui avait pour seule limite le nombre de candidats à la colonisation.
Si dans un premier temps tous les systèmes de l'Espace Connu se sont fait une joie d'envoyer aux Megacorps tous les indésirables dont ils souhaitaient se débarrasser, ces derniers ont néanmoins rapidement fait défaut.
Les Megacorps ont donc une nouvelle fois fait fi de toutes valeurs morales et ont eu recours à l'exogénèse et à la culture massive de bébés en cuves pour créer artificiellement de nouveaux contingents de colons-consommateurs.
L'humain a le plus souvent été préféré aux autres races, car son espérance de vie très courte l’incite à accumuler très rapidement une grande quantité de biens matériels.
Paradoxalement, plus les Mégacorps gagnaient en puissance par cette méthode, plus elles tressaient la corde avec laquelle elles allaient se pendre, car ce faisant elles augmentaient sans cesse le nombre de leurs ennemis.
Quand trop de mondes furent terraformés et peuplés d'humains uniquement appréhendés sous l'angle du consommateur ou de la ressource à consommer, ceux ci, tout naturellement, par une sorte d'effet mécanique que seule une poignée de Cassandres redoutait au sein des Mégacorps, se révoltèrent.
Ce fut la "Grande Révolte", et l'univers tel que nous le connaissons en porte encore les cicatrices.
Après la défaite des Megacorps, celles ci ne furent pas dissoutes pour autant, car trop de gens en dépendaient.
Mais leur armement leur fut confisqué, et leurs milices privées interdites.
Depuis ce jour, les Megacorps poursuivent leurs activités sous l'œil soupçonneux et scrutateur des fonctionnaires de l'Empire.
La plupart des planètes colonisées par les Megacorps présentent un aspect bien particulier: un sage de l'Ancienne Terre a un jour dit: "Entre le Fort et le Faible, c'est la Liberté qui opprime, c'est la Loi qui libère". Et les mondes des Megacorps, eux, n'ont pour seule loi que celle du marché.
Alors que les nantis vivent pour la plupart dans les Arboricoles, de gigantesques cités situées à plusieurs kilomètres du sol et reliées à ce dernier par un pilier central auquel elles sont raccrochées, (technique rendue possible par la maîtrise des nano tubes de carbone .NDLR) la masse des habitants, elle, vit à même la terre, qui fait à la fois office de lieu de réclusion pour les pauvres, mais aussi de décharge pour les arboricoles ainsi que de "prison" puisque la seule peine qui existe pour les marginaux des cités aériennes est l'exile vers le sol.
Il règne à même la terre un chaos sans nom, un climat de fin du monde ou l'on voit errer au milieu de cités prenant l'aspect de gigantesques bidonvilles des prédicateurs itinérants venus avec l'intention de sauver des âmes, et réduits le plus souvent à donner l'extrême onction aux malades ou à ceux tombés dans les guerres de gang pour les contrôles de territoire...
Les territoires... il est dit que sur l'Ancienne Terre les gangs se disputaient les lieux de vente de la drogue.
Aujourd'hui en dessous des arboricoles ils se battent pour les zones situées immédiatement sous les collecteurs de déchets des cités aériennes, car les ordures sont la seule richesse dont disposent "ceux d'en bas".
Plus récemment, la culture en cuve par exogénèse d'êtres cosentients ayant été interdite par décision de l'Empereur, les Megacorps ont décidé d'aller chercher leur moisson de colons dans ces zones sinistrées, là ou elles seraient sûres de trouver des volontaires pour un nouveau départ.
Par conséquent les zones d'atterrissage des vaisseaux cargo des Megacorps sont également devenues l'enjeu de batailles entre les différents clans de ces populations miséreuses.
Mais même la venue continue de navettes destinées à désengorger ces zones et à ramener la densité de population à un niveau décent ne suffit pas à mettre fin à cet enfer.
Sur les planètes des Mégacorps, la révolte gronde, et des sources bien informées font état du renouveau de milices privées destinées à protéger les piliers de soutènement des arboricoles que le peuple en colère menace de détruire.
Toujours selon ces mêmes sources, ces miliciens seraient recrutés au sein même de la population...
Comme se l'est plu à dire le PDG de la UltimateWeaponFactory Mégacorps lors du dernier conseil d'administration de la société: "On peut toujours embaucher la moitié des pauvres pour tuer l'autre moitié".
La situation sur les mondes des Megacorps est à la limite de la rupture et le niveau de tension nerveuse et psychologique des habitants est tel qu'elles sont parvenues à focaliser sur elles l'attention et l'ire de la République Empathique.



D) La République Empathique.

Le terme désigne communément l'ensemble des premiers systèmes colonisés par l'homme au cours du -33 eme siècle avant l'invention du propulseur à singularité et des Portails de liaison, à l'époque où les passagers des vaisseaux étaient cryogénisés parfois des années, voire des siècles, avant d'arriver à destinations.
Quand à l'aube du -33eme siècle la surpopulation menaça de déclencher une cinquième guerre mondiale, les Sages de l'Ancienne Terre décidèrent de lancer la première vague de colonisation et de terraformation de l'Histoire, en direction de Proxima du Centaure.
Rétrospectivement il apparaît que le but principal de l'opération était de se débarrasser d'un trop grand nombre de bouches à nourrir et que le succès réel de la mission n'avait à aucun moment été sérieusement envisagé, l'intérêt premier étant d'avoir à éviter de vitrifier sous le feu nucléaire les principaux foyers de population ce qui en plus du coût humain (secondaire au regard des considérations de cette époque) aurait eu de graves conséquences écologiques.
Toutefois, contre toute attente, les passagers arrivèrent à bon port, sans qu'un seul de leurs vaisseaux ne se soit perdu.
Mais quelque chose avait changé en eux, quelque chose qui allait modifier leur destin et celui de leurs descendants pour toujours...
Nul ne sait si ce sont les effets secondaires des drogues injectées pendant leur voyage et destinées à protéger leurs corps de la cryogénisation, ou s'il s'agit des conséquences méconnues d'une trop longue exposition au rayonnement solaire, ou encore si c’est le résultat d'un disfonctionnement des antiques réacteurs à fusion qui servaient à les propulser… ce qui est sûr c’est qu'ils se réveillèrent avec la faculté de ressentir toutes les émotions des autres, même les sentiments les mieux enfouis.
Cette faculté fera plus tard d'eux les ennemis abhorrés des Megacorps, car eux seuls avaient présenti le danger qu'elles représentaient en lisant dans le cœur de leurs dirigeants comme dans un livre ouvert.
Mais elle a également complètement remodelé leur mode de vie puisqu'ils ont développé une Conscience Commune, où les rires et les larmes de chacun sont ceux de tous et où tout le monde a donc intérêt à contribuer au bonheur des autres.
Leur perception empathique ne se limitant pas à leur propre sous-espèce, leur état psychologique se voit perturber par celui des autres espèces cosentientes (dans une moindre mesure toutefois), et le malheur des autres faisant le leur, c'est entre autre pourquoi ils s'offusquent de la situation des populations délaissées sur les planètes des Megacorps, et qu'ils nourrissent un terrible ressentiment à l'encontre de ces dernières.
Il s'est développé chez les Empathes une solidarité de fait autour de laquelle s'est structurée toute la société, non pas de manière hiérarchique, mais de manière synergique, où chacun trouve sa place et son rôle à jouer.
Ainsi, ceux qui ont développé leur don d'empathie au plus haut degré revêtent les habits de prêtre et assurent par leurs méditations la meilleure et la plus juste répartition possible du bonheur dans la "Conscience commune".
Ceux qui ne maîtrisent pas leur don au plus haut niveau mais font preuve de suffisamment d'altruisme pour se sacrifier au profit du plus grand nombre endossent le rôle de soldat.
Enfin, la masse des empathes choisit de participer à l'extraction des ressources ou mettent leurs talents au service de l'industrie et de l'agriculture.
La société empathe est donc toujours équilibrée, et chacun s'assure du bien être de son prochain.
Réflexion faite, elle ressemble assez à cette île décrite par un sage de l'Ancienne Terre, Thomas More, dans son livre intitulé "Utopia".
Dans tout l'Espace Connu, les Empathes sont appréciés pour leur sagesse et leur sens de l'équité.
C'est pourquoi, bien que leur influence politique soit quasiment nulle en raison de leur neutralité doublée de leur repli sur eux mêmes, ils exercent une grande magistrature morale sur toute les espèces cosentientes, au point même que beaucoup craignent que leur influence ne s'accroissent encore par la fréquentation de plus en plus assidue qu'ils font du Wyrd.
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